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Eclairage

Les juifs américains

12 Novembre 2008, 22:47pm

Publié par Simon Duplessis

Les juifs américains. par André Kaspi.


Faut-il être juif pour pouvoir parler des juifs en toute quiétude et déclarer que le lobby "qui n'existe pas " existe tout de même ?  On apprend dans le livre de Kaspi que les juifs aux USA sont 2 fois plus riches que leurs concitoyens américains;  avec 3% de la population, ils représentent par exemple 25 % des professeurs de l'université de Princeton. Autre révélation:  le nombre des mariages mixtes menace la survie de l’identité juive (c'est ce que craint d'ailleurs ouvertement Attali qui est pourtant en faveur du métissage pour les non juifs.).
On ne sait pas en revanche si  André Kaspi nous explique dans son ouvrage  le pourquoi du comment; c'est à dire, comment se fait-il que les juifs fassent  partie en si grand nombre de l'élite américaine ?  .

Professeur à la Sorbonne, André Kaspi a réussi avec ce livre un coup de maître. Son sujet est délicat : est-il exact que les juifs contrôlent la politique, l’économie et la culture aux Etats-Unis ? L’auteur apporte des éléments précis et chiffrés très nombreux et brosse un tableau objectif et nuancé de la réalité : pour lui, « depuis 1945, on est dans une période heureuse dans l’histoire des juifs américains. On pourrait évoquer un âge d’or qui, soixante ans plus tard, n’a rien perdu de son éclat ».

Réussite économique d’abord : le revenu par tête est de 27.500 dollars pour les juifs contre 14.100 dollars pour la moyenne nationale. Les Américains anglo-saxons sont à 17.000, les Asiatiques à 14.776, les Hispaniques (Mexicains en majorité) 10.590  et les Noirs américains à 9.424.

En matière culturelle, le succès est encore plus grand. Avec 3% de la population, les juifs représentent 20% des élèves et 25% des professeurs dans une université prestigieuse comme Princeton. 62% entrent dans une université contre 27% des jeunes en moyenne nationale. Leur réussite est patente dans la presse, le cinéma et la télévision. En général, ils défendent plutôt des idées « libérales » au sens américain du terme, donc de gauche, mais ils sont nombreux aussi dans les milieux néo-conservateurs qui soutiennent Bush. Ils sont parfaitement intégrés dans la vie américaine : il faut dire aussi que l’Amérique converge avec eux, en raison de la lecture de la Bible si importante chez les protestants américains. De plus, l’auteur note l’importance qu’a prise la mémoire de la Shoah chez tous les Américains (grand succès des films sur le sujet et construction de grands musées sur la persécution des juifs pendant la deuxième guerre mondiale).

D’après l’auteur, leur influence politique, la plus controversée, est relativement faible : leur nombre au parlement n’est pas très élevé en définitive et il n’y a jamais eu de président juif aux USA. D’opinions variées, ils soutiennent tous Israël ou presque, ce qui est logique. C’est sur ce point que l’on peut parler de « lobby » juif, ce qui chez l’auteur, n’a aucunement un sens péjoratif : les lobbies font partie de la culture politique américaine depuis toujours.

André Kaspi montre la diversité de la communauté juive, souvent ignorée : il y a les orthodoxes, très religieux, les « réformés », aux idées assez à gauche et laïques, et les conservateurs, qui seraient un juste milieu entre les deux. Il montre aussi que la communauté, riche et influente, il ne le nie pas, a ses faiblesses. Le nombre des mariages mixtes (de l’ordre de 50%) menace la survie de l’identité juive et les orthodoxes font tout pour combattre cette évolution mais avec peu de succès. La démographie n’est pas bonne car les juifs américains font peu d’enfants (sauf les orthodoxes). On voit d’ailleurs l’importance de la religion pour la survie de toute communauté, n’en déplaise aux juifs « laïcs ».

Les juifs non ou peu religieux jouent d’ailleurs, d’après l’auteur, un rôle majeur dans des courants comme la défense du laxisme sexuel ou le féminisme. D’après André Kaspi, « les intellectuels juifs occupent une place particulière. Ils déchristianisent la vie intellectuelle aux Etats-Unis (…) ils ouvrent la voie au pluralisme et deviennent des agents principaux du changement culturel. Ils laïcisent la pensée américaine, (…) tiennent un rôle capital puisque dans les universités, dans les revues, dans la littérature, ils apportent une dimension universelle qui manquait jusqu’alors » (page 247).

L’auteur revient souvent sur ce sujet fréquemment : « Quoi qu’il en soit, les juifs sont plus à l’aise dans les milieux libéraux (la “gauche” américaine) que dans les milieux conservateurs. Ils y craignent moins des accès d’antisémitisme. Ils savent que ce n’est pas là que surgira une proposition de faire des Etats-Unis une nation chrétienne » (page 173).

L’auteur a consacré un intéressant chapitre à l’antisémitisme pour montrer que celui-ci est très faible, relève surtout de marginaux et qu’il a diminué. Une exception serait certains milieux de la communauté des Noirs américains car les juifs sont perçus comme des Blancs et donc censés être « dominateurs ». Des groupes comme celui de Farrakhan, Noir musulman, accusent les juifs d’avoir joué un grand rôle dans le commerce des esclaves noirs. Le cinéaste Spike Lee a présenté des patrons de night-clubs juifs comme des exploiteurs de pauvres Noirs. Mais globalement la situation est satisfaisante pour la communauté juive qui dispose d’associations de vigilance très puissantes et très actives contre l’antisémitisme.

L’auteur dresse donc le bilan d’une communauté dynamique et instruite qui a remarquablement réussi mais sa note finale est pourtant pessimiste : les juifs, par la faible natalité et les mariages mixtes, risquent de disparaître peu à peu : « Dans cinquante ans, les juifs américains n’occuperont pas la place qu’ils occupent. Qu’on s’en désole ou qu’on s’en réjouisse, peu importe. C’est une évidence à laquelle il n’est pas possible d’échapper. » Mais qui peut vraiment prévoir l’avenir ?

Personnellement, je n’ai jamais lu un livre plus fin et plus intelligent sur ce sujet.

Yvan BLOT-  Polemia

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Simon 14/11/2008 22:54

Je ne sais justement pas et j'aurais aimé que Kaspi nous l'apprenne. Cela dit , chacun a sa petite idée.  Les Juifs se sont toujours considérés comme membres de la nationalité juive. C’est en cela que résident l’invincibilité et la solidarité du peuple Juif dans la Diaspora. » « Israël Messenger »Ce sentiment national juif s'exprime donc à l'intérieur de la nation américaine, dans laquelle ils vivent de manière commensale,  par une solidarité préférentielle intra-ethnique. Autre raison possible; en voulant garder cette pureté génétique, ont-ils ainsi développé des aptitudes particulières (QI plus élevé que la moyenne par exemple). ?Ce qui est nouveau , c'est que dans un ouvrage écrit par un juif cette sur-représentation juive dans l'élite américaine est reconnue. C'était le sujet de mon propos.

Karl 14/11/2008 11:33

je suis rassuré pour Yvan Blot...Dommage que dans Wikipedia, on rappelle qu'il fut du FN t(endance mégret).... le principal est qu'il ait voté Sarko en 2007, et soit pour la messe "tridentine".Par ailleurs, je n'ai pas compris quelles conclusions vous tirez du fait que les Juifs américains soient nombreux et riches?( ce dont on se doutait)

TROISPOINTSCTOUT 14/11/2008 08:47

Une chose est sure, c'est que les nazi n'ont plus le monopole de l'ignominie puisque les israeliens utilisent le blocus alimentaire pour contraindre les palestiniens par la faim.

Simon 14/11/2008 08:42

Non, j'essaye d'aller à l'essentiel. C'est bien de faire de bonnes analyses, c'est encore mieux d'en tirer des conclusions (en espérant qu'elles soient justes). Je connais d'excellents blogs qui dénoncent très bien les vicissitudes du système mais qui ne proposent rien - quend on ne se mouille pas, on ne risque pas grand chose-. Quant à Yvan Blot, rassurez vous,  il ne fait pas partie de l'axe du mal ; énarque, membre de l'UMP il a appelé à voter Sarkozy en 2007.

Karl 13/11/2008 22:49

Simon, vous faites une fixation. Qui c'est ce Yvan Blot? Un anarchiste?