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Eclairage

Lettre à mon evêque

12 Novembre 2012, 18:11pm

Publié par Simon Duplessis

 

Par le curé de Cucugnan (tinerarium)

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Monseigneur,

L’autre jour j’ai fait un rêve. Mais j’ai menti à mes paroissiens. Je leur ai raconté une histoire folle, celle de l’amour de Dieu pour les hommes, celle de la veuve qui négocie, insiste et ne lâche pas son Dieu omnipotent. Quelque chose autour de l’enracinement dans notre histoire et dans les murs anciens, celle de l’amour des familles et du Dieu qui entre dans notre intimité la plus profonde. L’histoire du silence, celle de la grâce qui est notre espérance et du péché qui se joue de nous.

Mais mon rêve était en fait tout autre, un cauchemar Matrix à la sauce catho. Celui de la résignation molle, du refus de la foi en la prière. Dans mon vrai rêve, Monseigneur, vous ne priiez pas, vous étiez assis, une de ces aubes modernes informes sur votre complet-cravate dans une salle blanche éclairée au néon, votre pauvreté qui n’est qu’ignorance crasse ayant ainsi transformé des salles glauques en oratoires laborieux et artificiels. Vous écoutiez le chant syncopé et débile qu’un nonne défroquée déchiffrait sur une partition à la mode. Un clavier foireux et une guitare molle l’accompagnait sans grâce. Trois bonne-femmes faisaient office d’assemblée, personne n’étant venu, vos curés ne battant plus le rappel des troupes. Aucun chanoine, bien sur, la réunionite cléricale et la téloche presbytérale ayant frappé. Nul chapelet, nulle adoration, une vague prière molle et un sermon photocopié bourré de poncifs avaient suffit pour ce pensum… et passé l’heure, vous avez filé, sans même saluer vos ouailles sur le perron de la maison diocésaine.

Nous irons au combat, mais qui n’a pas fait le nécessaire au moment venu est simplement fou.

Ainsi, Monseigneur, je n’en peux plus. Je n’en peux plus de supporter l’affadissement du sel de la terre, la fonctionnarisation du clergé et le feu mort auquel seule l’inertie des choses fait croire. Je n’en peux plus de me faire encore moquer non pas dans la rue mais dans votre propre évêché ma soutane de pauvre, mon attachement au silence et à la tradition de mon pays et de mon Eglise de France. Je n’en puis plus de l’incompétence quant à la gestion des âmes et du réel.

Je vous quitte donc, appliquant le précepte de Jésus, nettoyant la crasse occidentale moderne de mes Doc Martens usées. J’emprunte dans la caisse paroissiale de quoi payer un aller simple vers ce pays où votre prédécesseur m’avait envoyé Fidei Donum, et dont la foi enfantine m’avait comblé. Je ne m’attends pas à des saints ni à la perfection, juste à avoir des hommes qui ressemble à des hommes et non plus à des zombies décérébrés. Vous trouverez la solution canonique qui va bien,

Bien à vous en Jésus-Christ,

Le curé de Cucugnan.

Bref, tout çà en attendant que nos évêques et nos curés montent la lourde, longue et insistante prière qui va bien contre la dénaturation du mariage… sans attendre tout des laïcs qu’ils prennent leur responsabilité et autres poncifs. Les laïcs dans le monde, les clercs à la manœuvre liturgico-eccléciale !

 

Ceci est à rapprocher de ceque Mgr Gaidon écrit à propos des evêques de France

« Je pense que notre langage (celui des évêques de France - n.d.l.r. -) manque de vigueur et que le souffle prophétique est trop absent de nos textes savamment mesurés et dignes des résolutions votées en fin de « meeting radical-socialiste » ! (…) Nous n’aimons pas sortir d’un ton conciliant et recherchons avant tout le réconfort d’un consensus mou dans les domaines les plus sensibles (...). J’ai l’impression d’avoir vécu ces années comme une lente dérive, au gré des modes et des langages convenus dans notre univers clérical et de me retrouver, à l’heure de mon ultime étape, dans un douloureux désarroi, envahi par le sentiment d’avoir subi passivement les prises de position et les décisions de mes frères en épiscopat et suivi avec eux la pente des compromis plutôt que d’user du langage rugueux et prophétique des témoins et annonciateurs d’une Parole qui est « un glaive » (...) ».

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Jean-Pierre Eustache 16/11/2012 12:55

IL faut avoir lu en entier son ouvrage "Itinéraire d'un évêque français entre crise et renouveau de l'Eglise" édité en 2007. Dans cet ouvrage, Monseigneur Gaidon exprimait ses souffrances qui l'ont
mené jusqu'à la dépression. Un regard très clairvoyant sur la crise de l'Eglise de France et sur la lâcheté de certains de ses responsables, serves et courtisans.