Interpellation de Bruno GOLLNISCH, à M. Nicolas SARKOZY
Monsieur le Président du Conseil et de la République française, Nous discutons des soins palliatifs à apporter au malade, mais nous
sommes bien discrets sur les causes de la maladie !
Comment ? Aucune institution de l’Union n’a vu venir la crise actuelle : ni le Conseil, ni la Commission, ni la Banque Centrale, ni d’ailleurs notre Parlement ! Crise prédite il est vrai par une
poignée seulement d’économistes comme le prix Nobel Maurice Allais, et de responsables politiques de notre famille d’esprit comme, une fois de plus Jean-Marie Le Pen, vox clamantis in deserto,
hélas !
La crise est cependant d’évidence celle du système euro-mondialiste, du libre-échange sans frein, du terrifiant découplage entre les fictions financières et nos réalités économiques et
industrielles déclinantes, qui pourraient demain faire l’objet de raids de « fonds souverains » d’Etats tiers profitant de la situation actuelle.
Votre activité même, M. le Président, témoigne de l’inadaptation de l’Union à résoudre la crise qu’elle n’a pas su, pas voulu, ou pas pu prévoir : réunion à quatre (et non à 27 !) le 4
octobre, réunion bilatérale avec la seule Allemagne le 11, réunion des seuls membres de l’Eurogroupe (zone Euro) le 12, réunion avec le Président des Etats-Unis d’Amérique le 18, pour le
convaincre d’organiser encre une autre réunion, théoriquement refondatrice du Système, à laquelle, si l’on compte bien, ne seraient conviés que six des 27 Etats de l’Union, avec les USA, le
Japon, la Russie, l’Inde et la Chine !… Je ne préjuge pas de l’utilité de ces réunions ; je dis qu’il s’agit là du retour à une diplomatie bilatérale ou multilatérale qui montre bien que, privée
de réactivité, empêtrée dans des normes bureaucratiques, boulimique de compétences qu’elle n’est pas capable d’exercer, l’Union est un cadre dépassé. Le compte-rendu du Conseil européen en
témoigne, si l’on sait lire entre les lignes ; il ratifie votre initiative ; il supplie à mots couverts la Banque Centrale Européenne de desserrer un peu l’étau des critères de Maastricht, mais
il ne décide rien.
Vous avez aussi évoqué la situation en Géorgie et vos efforts pour diminuer la tension dans cette région. Vous réfutez à juste titre l’idée d’une nouvelle guerre froide, mais cette crise n’est
pas arrivée toute seule ! Comment ne pas voir que la reconnaissance unilatérale du Kossovo, contre la légalité internationale, pavait la voie à la reconnaissance par la Russie de l’indépendance
de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud ? Et à quoi rime l’extension indéfinie de l’OTAN sous contrôle américain alors que le pacte de Varsovie a disparu ?
M. le Président, la voie à suivre est différente : elle n’exclut ni la concertation européenne ni la coopération industrielle, culturelle, ou autre. Mais elle implique une rupture radicale avec
le système mondialiste, la complète remise en cause des bienfaits prétendus du brassage universel des personnes, des marchandises et des capitaux, la défense non
équivoque de nos indépendances et de nos identités. Ce n’est pas s’isoler : c’est au contraire la condition du retour de l’influence de nos nations
dans le monde.
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